l'école du spectateur

 

L’enseignement du théâtre expression dramatique tant en Option qu’en Spécialité est construit en diptyque : il allie la pratique artistique et l’approche culturelle. Chaque année scolaire, une vingtaine de spectacles sont proposés aux élèves de chacune des classes dans diverses structures culturelles de Paris et de la proche banlieue (T.G.P de St Denis, 104-Paris, La Villette, Le Théâtre de l’Odéon…) mais en premier lieu la MC93-Bobigny, partenaire culturel du lycée Louise Michel. Le choix des spectacles, en amont, vise à saisir la variété et la richesse du spectacle vivant, à initier les élèves aux différentes écritures théâtrales, à leur faire connaître des collectifs et des metteurs en scène français et étrangers, ainsi que les différentes institutions théâtrales d’aujourd’hui.

Des rencontres avec les équipes artistiques sont souvent organisées en amont ou en aval des spectacles ; chaque sortie théâtrale fait l’objet d’une analyse chorale encadrée par les deux professeures de Théâtre. 

Nourris de ce va et vient fréquent entre l’enseignement théorique, la pratique théâtrale et la performance du spectacle vivant, les élèves sont alors à même de saisir les multiples enjeux du théâtre actuel, devenant des spectateurs et des citoyens avertis.

un enfant qui recrée avec ses doigts le regard que l'on a dans un viseur

la fabrique du regard 

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    Nous sommes partis assister au spectacle de Frédérique Voruz, autrice et comédienne de Lalangue, mis en scène par Simon Abkarian, le 9 octobre 2021 au Cirque Électrique, porte des Lilas. C’est le témoignage d’une femme qui raconte son lien étrange avec sa mère unijambiste qui perdit sa jambe lors d’un accident de montagne ; sur son lit d’hôpital, venant d’apprendre qu’elle a fait une fausse couche, celle-ci dit : “ je me vengerai sur les enfants “.

 

    Quand je suis arrivée à la porte des Lilas, j’ai eu beaucoup de mal à rejoindre le Cirque Electrique, on a même dû venir me chercher ! Mais dès que je suis arrivée sur les lieux, j’ai été plutôt intriguée par le décor, l’ambiance ou du moins l'atmosphère que dégageait cet endroit : il y avait beaucoup de rouille, d’accessoires de cirque qui encadraient la place, mais ce n’était pas quelque chose de dérangeant, au contraire ça faisait partie du charme de l’endroit, c’était vintage ! Puis, lorsque nous sommes entrés à l’intérieur du chapiteau, nous avons découvert un restaurant! au fond de la salle ; derrière un rideau en plastique, se trouvait enfin le lieu où allait se dérouler le spectacle ; pour moi c’était plus petit que je ne l’imaginais au début, et j’étais convaincue que c’était une salle d’attente et que par la suite on allait se diriger vers la “vraie” salle… Je me suis vite rendu compte que c’était bel et bien l’endroit où la comédienne allait jouer quand je l’ai vu arriver : sa seule présence animait ce petit espace, au décor minimaliste, avec un petit tabouret ainsi qu’un écran de projection en arrière scène, à  l'avant scène un ventilateur, une chaise et un projecteur à diapositives. Les jeux de lumière donnaient un contraste, une profondeur au jeu de la comédienne, ainsi que les musiques.

    Le contenu du spectacle était très varié, la comédienne à elle seule incarnait plus de 5 personnages; ceux qui revenaient le plus souvent : la mère, le père et la psychanalyste. Donc parfois, elle pouvait raconter et jouer : il y avait du mimodrame, du play-back etc.

C’était essentiellement comique, on pouvait l'identifier par les expressions du visage, les blagues, les références, les mouvements ou même dans la manière dont les choses étaient racontées et surtout par les rires dans la salle. On se sentait vraiment dans une ambiance intime, comme une soirée "diapositives" entre amis. Beaucoup de sujets sérieux ont été amenés de manière humoristique ou grotesque, mais j’allais, à de nombreuses reprises, lâcher des larmes…

    Le fait que l’humour est omniprésent est la grande force de ce spectacle car la plupart, on aime le fait que les sujets sensibles, comme le viol, soient amenés comme ça. Mais ça peut aussi être un problème car pour moi, en faisant ça, on oublie l’importance, l’histoire, le combat que certains ont pu mener, surtout lorsqu'à la fin du spectacle, alors que la comédienne disait du bien de sa mère, de façon sérieuse, des spectateurs ont ri comme si c’était encore humoristique. La véritable question n’est-elle pas: “est-ce que nous pouvons rire de tout ?”

 

    Après ce spectacle juste incroyable, nous avons eu la chance de pouvoir parler avec la comédienne Frédérique Voruz. Beaucoup de choses se sont éclairées. D’abord la plupart des objets étaient à usage unique sauf le projecteur ; puis le fait qu’elle fasse tous les rôles puisque lorsqu’elle a écrit ce spectacle, elle n’avait pas assez d’argent pour subvenir à ses propres besoins et, dans la logique des choses, elle ne pouvait pas payer des acteurs. Une chose m’a beaucoup marqué : l’actrice a passé plus de 11 ans en thérapie, et nous a dit que lorsqu’on a fini celle-ci, on peut synthétiser en un mot tout ce qu’on a vécu, et elle a expliqué que son mot était pour l’instant "substitution". Est-ce que nous pouvons tout dire en un seul mot ?

    Je pense que parmi tous les spectacles auquel j’ai pu assister ces dernières semaines, celui-ci est de loin mon préféré !

                        L., lycée Louise Michel, Bobigny

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    Vendredi 01 octobre 2021, ma classe et moi sommes allés au théâtre de la Bastille voir une pièce de théâtre du nom de Un sentiment de vie, de Claudine Galea, mise en scène par Jean-Michel Rabeux. 

    Le lieu était plutôt classe, distingué, et je me suis tout de suite senti très à l’aise mais pas vraiment à ma place honnêtement. Une fois à l’intérieur, nous avons beaucoup patienté, une attente qui m’a beaucoup déplu mais qui m’a permis de lire le flyer de la pièce. Ensuite, nous avons été rassemblés par nos professeures Madame Mériaux et Madame Vlavianou et nous sommes entrés dans la salle. Les sièges étaient plutôt confortables, contrairement à certains spectacles dont je ne mentionnerais pas le nom qui avaient eu l’idée de nous installer sur des bancs en bois. Enfin bref, bien installés, la pièce commença... 

La comédienne Claude Degliame s’adresse au public. Elle joue une autrice qui, des années après la mort de son père, trouve enfin les mots pour lui dire la force de son amour. "Et, comme dans tant de familles, on parle de politique pour taire son affection. Le père est militaire des guerres coloniales, pied-noir, réac, comme on dit. Mais ce père est doux et pudique, il est terriblement vivant, drôle et joyeux. (...) La littérature, comme la musique, dressent un autre héritage, une généalogie où l’amour peut enfin se dire. En entremêlant ces bribes de souvenirs, de chansons et de textes, Claudine Galea donne aussi à sentir le travail de l’écriture. Le spectacle est  le rêve d’une autrice en train d’écrire. Nous sommes invités dans le théâtre de ses pensées… " Jean-Michel Rabeux.

J’ai énormément aimé Un sentiment de vie ! 

Premièrement grâce aux comédiens Claude Degliame et Nicolas Martel; ils étaient incroyables. Mes professeures m’avaient précédemment parlé de l’atout de Claude Degliame qui a une voix incroyable qu’elle peut modifier à son bon-vouloir. Je me suis rendu compte de la véracité des propos de mes profs. Et elle joue très bien en plus de ça. Et Nicolas Martel, quel talent ! J’ai l’impression qu’il sait tout faire: il joue très bien, il chante, il joue de la guitare.. (je dois avouer que je le jalouse un peu).

    Deuxièmement, j’ai bien aimé le décor qui était plutôt simple laissant l’histoire et le message combler l’espace vide. 

    Troisièmement pour les messages délivrés ; pour moi la pièce avait deux thèmes différents mais très intrinsèquement liés qui sont « les préjugés » et « la différence ». 

Les préjugés car alors que son père est un « militaire des guerres coloniales, pied-noir, réac », ce père est  « doux, drôle, joyeux... » et apparemment la source d’inspiration pour cette œuvre de Claudine Galéa. Le message qu’on peut en tirer c’est qu’il ne faut pas se fier à l’apparence, aux préjugés ou encore à la différence d’une personne par rapport à soi pour la mettre dans une case.

La différence car elle déclare vouloir se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre pour pouvoir le comprendre. Pour moi c’est une notion importante du vivre-ensemble ; pour pouvoir se comprendre mutuellement, il faut pouvoir se mettre à la place de l’autre. Et le fait qu’ils soient de sexes différents n’est pas un détail négligeable pour moi, « une femme peut mettre le jean d’un homme », on peut ainsi comprendre que nous sommes égaux. On peut donc tirer comme message que «n’importe qui peut se mettre dans la peau de l’autre » pour pouvoir mieux le comprendre et on en est capable car nous sommes tous égaux, peu importe les préjugés

    Après la représentation, nous avons eu l’honneur d’avoir un bord de plateau avec le metteur en scène de la pièce Jean-Michel Rabeux. Un homme très simple, humble et d’une grande sagesse. Il a répondu à toutes nos questions très clairement et sans nous prendre de haut (je dois reconnaître qu’à ce moment je me sentais un peu comme une VIP).

Je garde vraiment un très bon souvenir de ce spectacle et je remercie mes professeures Madame Vlavianou et Madame Mériaux de nous avoir organisé cela.

Livan Essoumba, lycée Louise Michel, Bobigny

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 “Danse Delhi, une pièce qui trouve du bonheur dans le malheur”

    Mes camarades de première et terminale spécialité théâtre et moi sommes partis voir Danse Delhi au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis le 22 octobre 2021 à 20h. Danse Delhi est une œuvre “en sept pièces" écrite par Ivan Viripaev et mise en scène par Gaëlle Hermant. 

    Cette pièce se joue dans une petite salle d'hôpital réservée aux familles, où six personnes se rencontrent : une infirmière, Andrei, sa femme Olga, son amante Catherine, danseuse, sa mère, atteinte d’un cancer et ex danseuse, et une femme âgée, critique de danse classique. Les 7 pièces représentent différentes variations d’une seule et même pièce, d'un seul et même récit qui a pour thème l’histoire de la "danse Delhi". 

    Comme dit précédemment, je suis allée voir cette pièce avec mes camarades ; nous avons pris le tramway car le théâtre est situé sur une ligne directe. Le théâtre m'était familier parce que  j'y étais déjà partie avec mes camarades pour voir une autre pièce. Cependant, le lieu où se trouve le théâtre me surprend encore. En effet, le théâtre est situé en Seine-Saint-Denis, je pensais donc atterrir devant un théâtre assez délabré et en mauvais état, mais non, le théâtre est très propre et l'accueil très chaleureux: c'est un peu cliché, mais c’est la vérité ! Les personnes ayant assisté à la pièce étaient pour la plupart âgées mais j'ai vu quelques jeunes. L’installation était frontale et la scène était petite et assez bizarre car les faux murs en plexiglas sur la scène étaient de simples vitres de différentes couleurs. En plein milieu, il y avait la salle de l’hôpital, et côté jardin, la salle ouvrait sur un couloir d'où l'infirmière entrait et sortait. 

Lorsque l’un des personnages, Catherine, s’est rendu en Inde, elle aurait vu toute la misère du monde dans un marché. Pour partager la douleur de ce lieu, elle se serait brulée avec un morceau de fer chauffé à blanc et aurait ensuite inventé sa danse, la danse Dehli. Cette phrase sera d'ailleurs un fil conducteur de la pièce et sera répétée dans les “7 scènes” de la pièce. Dans ces différentes variations, on apprend la mort d’un des six personnages, le personnage décédé variant en fonction de la situation. Ces variations nous permettent, au fur et à mesure qu’elles se déroulent, de mieux comprendre les personnages et leurs histoires. Personnellement, je trouve que ces 7 variations sont nécessaires car le récit lui-même est un peu complexe car il est rejoué sans arrêt. 

    Les transitions entre les différentes pièces m'ont impressionnée. En effet, les acteurs s'arrêtent net et regardent tous dans la même direction, sans aucune expression sur leur visage; ça aurait pu me rendre mal à l’aise parce que les moments de silence créent toujours une atmosphère assez embarrassante mais bizarrement, je pense que cette coupure rentre bien dans le thème assez “bizarre” et unique de la pièce : une même pièce rejouée plusieurs fois, avec des transitions sans pareil qui permettent à la pièce de se démarquer et qui invitent le spectateur à s'intéresser réellement à la pièce. Les murs vitrés que je pensais d'abord inutiles, servaient pour les transitions entre les scènes : ils brillaient au rythme de la musicienne, Viviane Hélary, qui jouait différents instruments et qui était installée en hauteur côté jardin. La musique renforçait aussi cette atmosphère bizarre mais plaisante. C’était très beau à voir et j’ai été très étonnée par ces jeux de lumières et de couleurs qui, je trouve, rendaient la simple salle d'hôpital encore plus vivante. 

Mon personnage préféré est sans hésitation la mère : j’ai beaucoup aimé son franc parler, parfois vulgaire, et l'histoire de son personnage qui, malgré son cancer, réussissait à nous faire rire ! Cependant, je me suis un peu endormie à la fin et j'ai trouvé que la dernière variation était peu intéressante. En effet, j’aurais supprimé la tirade de l'infirmière où elle décrit la danse Delhi : c'est un surplus un peu long et redondant qui n'est pas nécessaire à la compréhension de l’histoire et qui donne seulement l'impression d’une transition vers la fin de la pièce. Mais malgré cette fin, cette pièce, de par son histoire, sa complexité mais aussi de par sa scénographie, reste celle que j'ai le plus appréciée de toutes les pièces que j'ai vues jusqu'à présent. 

                        Mânel El Akramine, Première générale

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Le 2 octobre 2021 à 17 heures, les classes de terminale et de première spécialité théâtre sont parties regarder Huit heures ne font pas un jour. 

Huit heures ne font pas un jour est une série tv sur le quotidien d'une famille ouvrière réalisée par Fassbinder, cinéaste allemand d’avant-garde des années 1970-1980, reprise et mise en scène par Julie Deliquet, directrice du TGP à Saint-Denis. L'œuvre, utopique et réaliste,  montre le quotidien d'une famille ouvrière où les personnages, la famille Krügger-Epp et les ouvriers d'usine, luttent et s’impliquent avec bonheur et optimisme dans les grands combats des années 70 comme les luttes sociales, les droits de la femme et de l’enfant, ou encore la possibilité de se loger dignement quand on est à la retraite.

    Je me suis rendue au théâtre avec mes camarades de classe de première en tramway, étant donné que nous vivons assez loin du théâtre et que moi et mes camarades ne connaissions pas le chemin pour y aller. Une fois arrivée, j’ai été, pour être franche, un peu impressionnée par la taille du théâtre. Pour être honnête, je pensais que ce théâtre, étant situé à Saint-Denis, allait être petit et en piteux état. Mais pas du tout ! Ce cliché était complètement faux! De l'extérieur, le théâtre était très grand et plutôt bien soigné. Arrivés un peu plus tôt (merci Gerald et son organisation) moi et mes camarades avons pu profiter du parc pour enfants situé en face du théâtre où nous avons pu prendre quelques photos et vidéos en guise de souvenirs. Ce fut un moment très sympathique à partager avec mes camarades de spécialité théâtre. Une fois l’heure du rendez-vous arrivée, nous nous sommes tous rejoints à l'intérieur du théâtre et encore une fois mes attentes étaient complètement fausses, le personnel était très sérieux et gentil et l'intérieur du TGP était spacieux et lumineux. Une fois les places distribuées et les programmes de salle donnés, nous avons pu entrer dans la salle ou nous sommes restés pendant plus de 3 heures avec un entracte au bout d’une heure et demie environ.

 

    La salle était plutôt ancienne mais toutefois très belle et surtout très grande ! Nous étions installés en face de la scène avec un fossé/espace de séparation qui nous séparait des comédiens. Ce que j'ai toute suite remarqué était la scénographie des plus au moins étrange. En effet, le même espace représentait à la fois l’usine et la maison de famille, comme on peut le voir sur le schéma de la scénographie ci-dessous. Les costumes étaient plus au moins simples et je pense que c'était l'effet recherché : le spectacle ne s'intéresse pas à l'aspect esthétique mais aux sujets abordés. Il y avait des variations de lumière pour annoncer les jours qui passaient. La lumière m'a également beaucoup aidé pour la compréhension de la chronologie du scénario qui, selon moi, était très difficile à suivre. En effet, il y avait sur scène des effets de lumières et un fondu cinématographique enchaîné ; celui du mariage à l’usine était le plus visible mais, comme c'était la première fois de ma vie que j'en voyais un, il m’a fallu un temps d'adaptation ! Les changements de lieu étaient le plus souvent marqués par un changement de costume ou par l'arrivée des comédiens. L’annonce de l'entracte était également bien réalisée et je pense que personne ne l'avait vu venir. Cependant, la fin m'a déplu car elle est selon moi bâclée : on ne sait pas si Monika a réussi à divorcer d'avec son mari violent et à avoir la garde de sa fille, si le projet de l’usine a abouti, ou encore si Manfred a réussi à avouer son amour à Monika... J'ai bien conscience que ce doit être l'effet recherché par la metteuse en scène mais j'aime les histoires claires!

 

    En définitive, et en faisant abstraction de cette fin selon moi non achevée, ce spectacle est de loin mon préféré parmi tous les spectacles auxquels j'ai assisté pour le moment. Je me suis énormément attaché aux personnages, surtout Irmgard et Giuseppe qui sont très drôles, ont des caractères totalement différents et pourtant un jeu similaire,  plutôt expressif, légèrement dans le sur-jeu tout en restant crédible et naturel. L'énergie des acteurs qui montre leur optimisme face aux difficultés rencontrées m’a beaucoup plu.  

Célia El Akramine, Première générale

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